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R. Schnell
“Etude botanique de la Basse-Guinée française”

Institut Français d'Afrique Noire (IFAN)
Centre de Guinée, Conakry
Etudes Guinéennes. N°6. 1950. pp. 31-75

I. La mangrove et ses variations écologiques
II. Les formations dégradées de la plaine
III. Les îlots reliques de forêt haute
IV. La végétation du Mont Kakoulima
V. La végétation anthropogène
Conclusions
Notes

Le milieu physique

On subdivise généralement le territoire de la Guinée Française en quatre régions :

  • la Basse-Guinée, qui comprend la plaine côtière, et les régions montagneuses voisines
  • la Moyenne-Guinée, formée par les plateaux gréseux du Fouta-Djallon et ses accotements
  • la Haute-Guinée, constituée par les savanes arborées de la région de Kankan
  • la région forestière et par les massifs montagneux du Simandou, du Ziama et du Nimba

Subdivision d'intérêt pratique, qui coïncide approximativement aussi avec les régions ethniques de la Guinée :

  • Soussou en Basse-Guinée
  • Foula en Moyenne-Guinée
  • Malinké et peuples de la Forêt en Haute-Guinée

Afin de respecter le cadre naturel et ses entités, nous réserverons ici le terme de Basse-Guinée à l'ensemble, des plaines côtières, que limite vers l'intérieur le rebord des plateaux gréseux de la Moyenne-Guinée. Nous serons toutefois amenés à étudier également le massif éruptif du Kakoulima, qui se rattache géologiquement à la presqu'île de Conakry et aux îles de Loos (Chautard) et dont la végétation forestière se raccorde aux forêts reliques situées au pied de la montagne.

Carte de la presqu'île de Tombo, abritant la ville de Conakry. 1948
Carte de la presqu'île de Tombo, abritant la ville de Conakry. 1948

La Basse-Guinée est constituée par une plaine basse (0 à 100 mètres) descendant en pente douce sous la mer, avec, vers l'intérieur, quelques collines peu élevées. Les fleuves côtiers :

  • Rio Compony
  • Rio Nunez
  • Rio Pongo
  • Mellacorée
  • Konkouré, etc.

y ont un cours lent et sinueux, un lit très large. Ils entaillent la côte basse de larges estuaires. Côte à rias qui correspond manifestement à un ennoyage récent du socle continental 1. La cuirasse latéritique de la plaine plonge actuellement sous la mer, au large des côtes ; c'est cet ancien sol de savane qui forme les récifs côtiers de la presqu'île de Conakry. Cet affaissement relativement récent est à l'origine de l'érosion intense manifestée par certains points de la côte. D'après les indigènes, certains villages côtiers ont dû, à plusieurs reprises depuis un siècle, reculer vers l'intérieur devant le gain de la mer par érosion. On observe fréquemment, sur le littoral, des arbres dont la base, baignée par les flots, a vu ses racines entièrement dénudées par ceux-ci. Certains fromagers reposent ainsi sur des sortes de racines aériennes. Souvent aussi on observe, des palmiers qui, sapés à la base par l'érosion marine, se sont effondrés. Inversement, un abondant dépôt de vases grises s'effectue sur la majeure partie du littoral.

Carte schématique de la Basse-Guinée.
Carte schématique de la Basse-Guinée.
En pointillé les régions basses où la mangrove s'étend sur de larges espaces.

Des îles plates, constituées de sables et de vases, encombrent les estuaires. Elles résultent du dépôt des alluvions apportées par les fleuves. La mangrove borde ces îles. Elle borde également les estuaires et une partie de la côte.

Climogrammes de Conakry (Basse-Guinée), Mamou (Moyenne-Guinée) et Beyla (Haute-Guinée)
Climogrammes de Conakry (Basse-Guinée), Mamou (Moyenne-Guinée)
et Beyla (Haute-Guinée). En abscisses les précipitations, en ordonnées
les températures moyennes des différents mois de l'année.